Corporate Venture : et maintenant à quoi s’attendre?

La crise sanitaire qui a débuté fin février 2020 a profondément transformé le monde de l’investissement privé.  Alors que, dans les toutes premières semaines de l’année, l’optimisme restait de mise, […]

La crise sanitaire qui a débuté fin février 2020 a profondément transformé le monde de l’investissement privé.  Alors que, dans les toutes premières semaines de l’année, l’optimisme restait de mise, le développement rapide de l’épidémie de Covid-19 et la mise à l’arrêt des principales économies européennes ont complétement bouleversé les dynamiques d’un secteur porté par dix années de croissance.

Il est bien trop tôt pour tirer des enseignements des mesures qui ont été mises en place pour contrecarrer l’impact du Covid-19 sur l’économie mais certaines conséquences de la crise sanitaire sont à la fois immédiatement visibles (désorganisation des chaines d’approvisionnement, interruption de la production, chute brutale et inédite de la consommation, des investissement et du commerce, faillites et chômage) mais aussi difficiles à complétement percevoir tant l’organisation des entreprises pourrait être profondément impactée par cette crise (développement du travail à distance, accélération du e-commerce, développement de la robotisation dans certaines fonctions critiques).

Le monde de l’innovation et des start-ups n’est évidemment pas épargné par la crise actuelle et les risques économiques se sont multipliés pour des entreprises souvent financièrement fragiles.  Ainsi les start-ups européennes et françaises pourraient rencontrer des difficultés particulières et inédites :

  • Tout d’abord, une plus grande difficulté à lever des fonds en phase d’amorçage ou Série A en raison de l’impossibilité d’organiser des meetings avec les investisseurs à un moment où la qualité et l’échange avec l’équipe dirigeante est un critère déterminant dans la décision d’investir. 
  • On anticipera aussi des raisons plus directement opérationnelles, les fonds préférant soutenir leurs sociétés en portefeuille au moment où celles-ci rencontreront leurs premières difficultés de trésorerie et devront mettre en place des mesures de restructuration. Illustrant ce point, Pitchbook soulignait que les volumes investis en phase d’amorçage s’étaient réduits de 25% en Europe à l’issue de la crise de 2009 … tout en faisant remarquer que l’écosystème entourant les start-ups aujourd’hui est à la fois plus sophistiqué et diversifié qu’il y a dix ans.
  • Ensuite, une présence réduite d’acteurs internationaux sur le marché européen alors qu’ils représentaient traditionnellement une source financement importante, soutenant les valorisations au profit des porteurs de projets. Pitchbook estime ainsi que les investisseurs américains pourraient recentrer leur effort sur leur marché domestique et donc assécher une source de liquidité en Europe.
  • Enfin, une modification de l’univers des fonds présents sur le marché avec les acteurs non traditionnels (Fonds souverains, Hedge fund & Asset managers, Private Equity mais aussi Fonds CVC) réduisant leur activité en raison de contraintes spécifiques (allocations d’actifs, risque de crédit, exigences de liquidités, difficultés financières, etc.). Pour illustrer ce risque, le Pitchbook NCVA Venture Monitor reportait qu’au 1er trimestre 2020 la participation des acteurs non traditionnels sur le marché américain préfigurait une baisse d’activité de 20% sur l’année.

Si ces risques ne sont pas encore pleinement démontrés dans les faits, les premiers signaux lancés par les fonds CVC ne sont guère encourageants. Ainsi plusieurs responsables de fonds (tel Pradeep Tagare chez National Grid) confirmaient que l’activité d’investissement était au mieux ralentie et au pire complétement remise en cause notamment par les investisseurs les plus novices ou ceux ne disposant pas d’équipes dédiées à l’investissement.  En conclure néanmoins que l’activité et la contribution des fonds CVC vont être matériellement impactées par la crise économique est probablement prématurée et ce pour deux raisons principales :

  • D’abord les encours de cash non encore investis sont considérables et devront trouver preneurs.  Sur le premier trimestre de 2020, près de €4,5 Mds ont été levés par 29 fonds en Europe, après un total de €10,1 Mds en en 2019 (Source Pitchbook). Le même Pitchbook précisait qu’au cours du premier trimestre, près de 30% des opérations closes aux Etats Unis avaient attiré un fonds CVC.
  • Ensuite les mesures de soutien à l’économie ne se sont pas fait attendre et limiteront dans – un premier temps – l’impact de la crise sur les entreprises et la nécessité des fonds de venir en soutien financier de leurs sociétés en portefeuille. En France, « FrenchTech Bridge », « Prêt Garanti par l’Etat » et « Prêt de Soutien à l’Innovation » permettent à nombre de start-ups, y compris celles soutenus par des fonds, d’affronter les mois qui viennent avec un peu plus de sérénité et de réallouer certaines ressources internes pour répondre stratégiquement et technologiquement aux nouvelles conditions de marché.

Il n’en demeure pas moins qu’un ralentissement – et non un arrêt – du marché est attendu car les perspectives économiques vont clairement peser tant sur l’activité et sur la valorisation des start-ups, que sur l’échéance et les conditions de sortie des fonds, impactant mécaniquement le rythme d’activité du secteur dans son ensemble.

Malgré l’incertitude qui s’installe, il convient de garder en mémoire que l’écosystème qui s’est développé autour du financement de l’innovation s’est profondément sophistiqué depuis dix ans attirant des investisseurs variés et souvent complémentaires couvrant un nombre grandissant de secteurs économiques touchés chacun à leur tour par la révolution technologique.  Dans ces conditions, on peut déjà s’attendre à un regain d’intérêt pour les start-ups qui répondent aux enjeux résultant de la crise sanitaire : biotech, santé et pharma, mais aussi éducation, travail à distance sans parler des secteurs qui répondront au souhait des consommateurs d’une économie plus responsable et locale. Pour preuve, le 28 avril dernier, le fonds français Partech annonçait avoir bouclé un fond d’amorçage à hauteur de €92 m financé par de grands groupes européens, des entrepreneurs, Bpifrance et des fonds souverains.