Corporate Venture : une contribution croissante au financement des start-up

Notre premier article s’était intéressé à l’histoire et au développement du Corporate Venture montrant que l’accélération du secteur depuis le début de la décennie 2010 était largement encouragée par la […]

Notre premier article s’était intéressé à l’histoire et au développement du Corporate Venture montrant que l’accélération du secteur depuis le début de la décennie 2010 était largement encouragée par la nouvelle révolution technologique et la transformation généralisée de l’économie. Dans un second article, nous discutions des opportunités stratégiques mais aussi des risques opérationnels qui entourent les relations entre une start- up et un « corporate venturist », nous conduisant à poser plusieurs questions et à esquisser quelques pistes de réflexion.

Dans l’article qui vient, il nous paraissait intéressant de partager quelques chiffres sur l’activité Corporate Venture afin de mieux comprendre son positionnement dans l’univers du Capital Risk. En effet, la croissance du Corporate Venture s’est accélérée depuis plusieurs années et sa contribution à l’activité globale s’est aussi accrue de manière importante faisant du Corporate Venturist un acteur que l’on ne peut plus ignorer dans une stratégie de levée de fonds.

Sur le marché américain (le marché le plus important et mature de la planète), l’éditeur de données financières Pitchbook et la NCVA[1] américaine indiquaient récemment que

  • les fonds Corporate Venture Capital (CVC) avaient participé – seuls ou aux cotés de fonds d’investissement plus classiques – à plus de 1 600 deals en 2018 représentant $61 Mds d’investissements (chiffres à comparer à 1 500 deals et $37,2 Mds en 2017).
  • De fait, les fonds CVC étaient présents dans près de 15% des deals consolidant plus de 45% des capitaux investis en 2018, illustrant leurs rôles dans les opérations les plus importantes auprès de start-ups les plus mures, mais démontrant aussi des investissements unitairement plus importants quelque soit le cycle de développement des start-up.
  • Si les fonds CVC intervenaient généralement comme co-investisseurs « suiveurs », ne définissant ni le prix ni la taille de l’opération, la proportion des opérations dans lesquelles les fonds CVC intervenaient seuls demeurait solidement ancrée autour de 25%.

En Europe, le marché, quoiqu’en croissance régulière, demeure plus modeste qu’aux Etats Unis. Pitchbook indique ainsi que

  • les fonds CVC avaient participé à un peu plus de 1 000 deals représentant €9.6 Mds d’investissements en 2018 avant une année 2019 où la valeur totale des deals avait bondi à €14,9 Mds (représentant 46% des €32,4 Mds investis en Capital Risk en Europe)
  • Dans le détail, le nombre des plus gros deals (ceux affichant une valeur supérieure à €25m) était ainsi passé de 99 à 136 sur l’année 2019 représentant 50% des deals de cette catégorie (271).
  • Enfin, si la croissance des deals les plus importants s’est faite au dépend des opérations de taille inférieure à €1m, le segment le plus actif des fonds CVC demeure celui des transactions de €1m à €5m

S’intéressant à l’activité du Corporate Venture français le Baromètre Deloitte / Orange Digital de mai 2019 confirmait quelques unes des tendances enregistrées aux Etats Unis et en Europe. Ainsi,

  • Sur un panel représentatif des quelques 40 fonds existants en France, l’étude précisait que le nombre moyen de transactions réalisées par les fonds français CVC était passé de 3,5 deals en 2016 à 7 an 2018 avec un ticket moyen passant de €4.3m en 2016 à €6.2m en 2018. 
  • Dans ce contexte, les CVC français ont ainsi privilégié les start-ups plus mûres intervenant davantage dans les levées de série A et B et semblant donc réduire leur exposition aux opérations en phases d’amorçage.
  • De même, ils ont eu tendance à délaisser la position de leader qu’ils privilégiaient précédemment pour des positions de « suiveurs » accompagnant d’autres fonds dans des opérations de tailles plus importantes. 

Davantage de granularité est disponible dans l’étude « French VC Ecosystem Factbook  – 2019 » de Pitchbook indiquant que

  • les fonds CVC avaient participé à 20% des opérations de Capital Risk en 2018, représentant 30% des volumes investis avec un volume se concentrant sur les deals amorçage et Série A (« early stage ») avant effectivement de constater une transition vers des deals plus murs à partir de 2019.

En conclusion, le Corporate Venture est devenu un acteur incontournable du Capital Risk, participant à toutes les phases de levée de fonds et sur des montants unitaires d’investissements croissants. La hausse de l’activité a été particulièrement rapide entre 2017 et 2019 mais elle demeure fondamentalement cyclique en raison des besoins fluctuants en matière de recherche et d’innovation des entreprises mais aussi des contraintes plus directement financières ou économiques auxquelles elle doivent faire face (rythme de croissance, rentabilité et liquidité de l’entreprise sont des facteurs déterminants dans la décision d’investir).

Alors que le début de l’année 2020 est marqué par des conditions de marché exceptionnellement difficiles et inédites, il sera intéressant d’analyser comment ce segment du Capital Risk répondra aux nouveaux enjeux et besoins de l’économie en général et des start-ups en particulier. 


[1] National Venture Capital Association